AQ-Golden Voyages

L'Ile de la Tristesse



bord de leur nouveau navire, Aarag al-Sahal et Resiya bin Rodib, accompagnés dorénavant par Jawali, le nain faris, firent voile vers le sud de l’archipel de Nada al-Hazan, souhaitant arriver au plus vite sur une île à la funeste réputation : Jazirat al-Gawwar

Le voyage fut doux et agréable, comme si la Destinée souhaitait que nos intrépides voyageurs fussent frais et dispos face aux périls à venir. Car en effet, à peine les côtes de Jazirat al-Gawwar furent-elles en vue que la mer se déchaîna en quelques minutes ! Les vagues changèrent leur course pour se mettre à tourner telles un gigantesque tourbillon. Et dans un terrible fracas digne d’une fin du Monde, le Drizzt fut alors inexorablement aspiré vers le centre du terrible maelström, les marins s’accrochaient et hurlaient de terreur, mais rien n’y fit, le navire fut brisé et aspiré par les flots en colère ! La dernière image que virent les aventuriers avant de perdre conscience fut un immense, gigantesque visage au fond de l’eau, en train de goulument aspirer la mer…

… …

Ils se sentaient fourbus et trempés, allongés joue contre sol, du sable plein les mains et le goût du sel sur la langue… Ils reprirent lentement conscience sous l’accablant soleil d’une plage inconnue. Et si ils étaient blessés et abattus, cela ne sembla plus qu’un moindre mal lorsqu’ils découvrirent des cadavres de certains membres de leur équipage flottant dans l’océan, au milieu des débris de leur malheureux navire…

A leur grande surprise, en cherchant de l’équipement à récupérer parmi les restes du bateau, ils découvrirent un tonneau intact rejeté sur la grève. Mais le plus étonnant fut que ce tonneau avait semble-t-il le don de la parole :

“À l’aide ! Sauvez-moi ! Pitié !!”

Ultime stupéfaction, cette voix traînante ne leur était pas inconnue, et du tonneau émergea enfin le lourdaud Karbuka, suant et haletant, qui se jeta à leur genoux et les remercia mille fois : après l’arrestation de Firuz à Bandar al-Sa’adat, il n’avait d’autre choix que de s’enfuir, et suivre Resiya bin Rodib lui semblait alors être une bonne idée !

Peu de temps après, ils virent arriver guidée par un jeune berger une délégation de six vénérables et barbus ulama. Ceux-ci accueillir les naufragés de manière courtoise et pacifique, bien que leur accent antique et leur discours de bienvenue furent un peu déroutant :

“Oh, quel malheur que deviez souffrir d’un si cruel naufrage. Grande est notre tristesse pour votre fortune perdue désormais sous les flots. Nous partageons votre douleur en cette journée qui aurait pu être si belle. Grande est notre affliction face à votre misère, et c’est avec chagrin que nous vous accueillons en nos demeures. Sachez que le peu que nous possédons est désormais vôtre, et apaisera peut-être un peu votre mélancolie.”

C’est à Takabbar, l’unique cité de Jazirat al-Gawwar qu’ils furent menés et eurent tous le temps de se reposer. Malgré leurs manières et accoutrements archaïques, les habitants de Takabbar se trouvèrent être honnêtes, bon et généreux avec leurs invités. Mais le fait le plus troublant fut ce sentiment quasi-palpable d’infini tristesse que chaque citoyen ressentait à tout moment : tel le nomade Al-Badia qui différencie le sable de milles manières différentes, les mots que l’on pouvait entendre dans la bouche des takabbaris en fonction de chaque situation étaient :

“Tristesse, abattement, accablement, affliction, amertume, angoisse, austérité, bourdon, cafard, chagrin, consternation, découragement, dépression, désabusement, désenchantement, désespoir, désolation, douleur, ennui, idées noires, inquiétude, lassitude, lypémanie, malaise, malheur, maussaderie, mélancolie, neurasthénie, noirceur, nostalgie, peine, platitude, souci, souffrance, spleen, vague à l’âme… etc.”

Après s’être totalement remis, les aventuriers n’eurent qu’une envie : continuer leur voyage et quitter cette île désespérante ! Mais un alim expliqua à Aarag al-Sahal qu’il n’y avait aucun bateau ici, et que jamais personne ne passait ici. Takabbar était telle une prison pour ceux qui y résidaient !

Il apprirent que Takabbar et ses habitants avaient été maudits, il y a de ça plus de quatre cents ans pour un motif inconnu, et que le seul moyen de quitter cette île était de réussir à franchir la Tour du Test, seul et unique monument de cette morose cité. Et bien évidemment, nul n’y était jamais parvenu…

C’est sans l’ombre d’un doute que les voyageurs se dirigèrent vers l’imposante Tour du Test. Entourée d’une muraille, son accès était libre et ses jardins luxuriants, mais une fois à l’intérieur, un immense escalier se dressait en son centre, mais l’accès en était interdit par d’immenses humanoïdes cornus à la peau épaisse et rougeâtre, possédants une tête et une paire de bras de chaque côtés du corps !

L’un d’eux salua les visiteurs et s’adressa à eux en ces termes :

“Bienvenue, braves mortels. Je suis la Voix du Test. Répondez-moi correctement et vous pourrez passer sains et saufs ; échouez et risquez alors ma colère. Tenterez-vous le Test, impudents mortels ?”

Entendant ceci, Resiya bin Rodib, qui avait fait preuve d’une effronterie et d’une prétention croissante pendant ce séjour à Takabbar, répondit alors :

“Ha, Mais bien sûr que nous allons répondre ! Allez dis nous ta question que l’on puisse se tirer d’ici !”

Le génie dédié tança l’insolent d’un regard noir et déclama :

“Votre cœur est brave, mortels ! Répondez à la question que pose mon maître : Quel est donc la Plus Grande Tristesse ?”

Le cri de rage assourdissant de la créature leur annonça l’échec de leur première réponse. Quatre cimeterres apparurent dans ses mains griffues, et elle bondit à l’attaque, crachant d’infectes flammes vertes et tranchant en tout sens. Le monstre fut difficilement vaincu par nos héros, mais ils durent quand même s’enfuir quand d’autres prirent sa place à la seconde où celle-ci disparaissait dans un nuage de souffre…

C’est n’est qu’en prenant le temps d’étudier l’histoire et les moeurs des tabbakaris que la réponse leur apparut enfin : jamais le peuple ne faisait mention de la Loi et de la Donatrice du Savoir, aucun des dieux ne leur était connu, il n’y avait dans la cité ni temple, mosquée, où lieu de culte !

Ils retournèrent donc quelques jours plus tard à la Tour du Test et annoncèrent :

La plus grande tristesse qu’il soit est d’ignorer la Loi et de nier l’existence des Dieux !

Avec un grand saalam, le génie dédié se recula pour laisser passer les héros éclairés. Ceux-ci purent alors gravir la tour pour arriver dans une large salle sans fenêtre finement décorée. Là, une lumière se mit à croître jusqu’à en devenir aveuglante, et quand ils sentirent l’air marin fouetter leurs visages, ils ouvrirent les yeux pour se retrouver sur le pont de leur bateau. Le Drizzt et son équipage au complet étaient de nouveau prêts à traverser les périples de Bahr Al-Izdiham, la Mer Peuplée !

Dans un tourbillon d’écume émergea un immense personnage à la peau bleu couvert de bijoux et coquillages. D’une voix où résonnait la puissance d’une tempête, le marid félicita les héros et leur indiqua vers où se rendre : les Griffes du Djinn serait leur prochaine destination !

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Une Nuit en Ville


‘est ainsi donc, que Aarag al-Sahal et Resiya bin Rodib al-Duloth el’Bia’a partirent à la recherche du Grand Trésor. La carte donnée par le vieux Kerim les amena à chercher du côté de Bandar al-Sa’adat sur l’archipel de Nada al-Hazan.

Grâce à leur langues bien pendues, ils firent connaissance de Youssef, et arrivèrent à se faire embaucher sur son navire marchand, près à se rendre à Bandar al-Sa’adat une fois le Festival de la Perle terminé.

Leur première traversée fut calme et sereine, laissant à nos deux vagabonds le loisir de se faire bercer par la mer tout en rêvant aux fabuleuses aventures qui les attendaient.

Mais il se trouve que la Destinée est parfois taquine : à peine débarqué à Bandar al-Sa’adat, ville marchand de huit cents âmes dirigée par le Ra’is Mahmud Ben Aziz, les deux voyageurs n’eurent que le temps de se désaltérer au Café de Buri avant d’être accostés par une mystérieuse femme voilée à l’étrange regard…

Avec un accent étrange, elle s’adressa au fier Aarag al-Sahal :

“Firuz ? Enfin nous nous rencontrons. Alors, qu’elle est ta réponse ? Acceptes-tu mon offre ?”

Et c’est ainsi que commença une nuit de méprises en tout genre, où le pauvre Aarag al-Sahal fut sans cesse confondu avec ce dénommé Firuz, et qui à priori n’était pas quelqu’un de très apprécié…

Après avoir donc été contacté par l’étrange femme (nommée Alix) pour des affaires malhonnêtes, il fut tour à tour pourchassé par les maladroits soldats du Ra’is, pris pour cible par un couple de halflings tueurs saints, et défié sans cesse par un nain faris désireux de venger son honneur bafoué !

Pendant ce temps, le rusé Resiya bin Rodib en profita pour faire profil bas et tenter de doubler toute cette charmante compagnie en s’associant avec l’homme de main du vrai Firuz, le stupide Karbuka, et ainsi tenter de dérober au sein même du caravanserai Ben Ayub un légendaire trésor : le Dinar de Jisan la Généreuse.

Cette nuit de désordre et de quiproquos atteignit son paroxysme au marché de nuit lorsque Aarag al-Sahal fut finalement arrêté par la garde, et ce en même temps que le vrai Firuz. Et quand les deux hommes découvrirent leur visage, à la surprise (pas si) générale, il se trouva que les deux hommes se trouvaient être les parfaits sosies l’un de l’autre !

“Deux Firuz maintenant ?! Amenez-les devant notre Ra’is Mahmud Ben Aziz !”

D’abord amusé, le ventripotent Ra’is finit par être lassé de cette situation et trouva un intelligent moyen de résoudre cette énigme :

“Hmmm… Et bien… Tuez-les tous les deux…”

Mais avant que cette sentence soit mise à exécution, Resiya bin Rodib – dont la tentative de vol s’était couronnée par un échec – fut lui aussi amené par le marchand Ben Ayib devant le Ra’is pour être puni comme il se doit. Dans le foulée, les deux tueurs saints surgirent des ombres et attaquèrent une fois encore, suivi de l’arrivée tonitruante du nain faris, cimeterre à la main !

La panique fut plus que totale dans la riche et opulente demeure du dirigeant de Bandar al-Sa’adat. Face à des gardes empotés, des assassins fanatiques, un vengeur enragé, et un habile voleur, Aarag al-Saha relâcha la colère du désert et Resiya bin Rodib, subtilisant un cimeterre à un garde, se battit tel un lion !

Ce soir là, le bon droit triompha, car lorsque Firuz (le vrai) sauta sur le Ra’is pour en faire son otage, le deux héros incompris plongèrent sans hésitation pour le sauver !

Quand tout se calma, un des halfling était mort (le second s’enfuit) et identifié comme faisant partie de la confrérie de la Paume Dorée, le nain faris expliqua qu’il traquait Firuz depuis que celui-ci avait dérobé un trésor dans la mosquée qu’il protégeait il y a un an de ça, et Firuz était gravement blessé et maîtrisé. (L’étrangère Alix fut, parait-il, aperçue elle aussi, mais ne s’attarda pas…).

Le Ra’is Mahmud Ben Aziz remercia chaleureusement ses deux sauveurs, qu’il pardonna pour leurs méfaits et couvrit de cadeaux, dont deux en particulier leur permettraient de continuer leur Voyage Doré : une anecdote tout d’abord, qui leur indiqua leur prochaine destination dans l’archipel de Nada al-Hazan. Ensuite, enthousiasmé par leur courage et détermination, il leur offrit carrément un bateau, un magnifique sambuk nommé “Le Drizzt”.

Et après seulement quelques jours de repos et de préparation, les deux vagabonds reprirent la mer vers de nouvelles aventures…

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Le Festival de la Perle


n jour donc, Aarag al-Sahal et Resiya bin Rodib arrivèrent à Gana, “la Cité des Richesses”, pour trouver les rues décorées et la population en liesse : la saison des perles venait de se terminer et les bateaux des pêcheurs de perles rentraient au port pour la dernière fois. Pour trois jours la cité célébrait le Festival de la Perle. Les bazars et les souks étaient bondés d’acheteurs en train de négocier avec des capitaines tenant des sacs remplis de perles, de marchands étrangers accroupis derrière des rangées de marchandises exotiques, de mystiques en transe dansant au son des tambours, de mendiants suppliant aux plongeurs chargés de pièces d’être miséricordieux aux yeux de la Sainte Loi. C’était un moment de fête, mais les affaires ne furent pas complètement oubliées. Des marchés furent conclus, des dettes contractées, et des fortunes perdues, le tout derrière un sourire de façade…

Les deux compères réagirent de manière opposée face à ce rassemblement de personnes : Aarag al-Sahal, habitué à la solitude du désert, eut bien du mal à se contenir face à un tel déferlement de bruit, de proximité et de sueur ; tandis que Resiya bin Rodib se sentait comme un poisson dans l’eau, ou plus exactement comme un pécheur laissant trainer son hameçon dans les poches des passants.

Lorsque arriva le Grand Guerrier de la Perle, confortablement installé sur un palanquin porté par de somptueux esclaves et entourés de gardes du corps, ce fut la cohue dans la rue ! Les deux acolytes furent ballotés tel des débris à la mer à travers des ruelles sombres et insalubres, et ce jusqu’à une sinistre petite place où se trouvait un bazar dépeuplé. Là, un antique vieillard les appela à son étal.

“Venez voir, venez voir mes merveilles, de grandes merveilles ramenées de lieux lointains. Faites confiance au Vieux Kerim, il sait ce que vous cherchez.”

Après une étrange discussion et un minimum de négociation, les deux compères repartirent avec en leur possession une carte de Bahr Al-Izdiham, la Mer Peuplée, ainsi qu’un texte singulier leur promettant richesses et merveilles

Le troisième jour du Festival fut celui de la Proclamation des Tours, où les crieurs du Sultan prirent position, comme chaque année, pour annoncer la Mission de la Grande Perle. La déclamation débuta par une longue et poétique tirade racontant les exploits des précédents Grand Guerrier de la Perle : l’ambassadeur de la cour des Marids, la cité de Ibn Mutamin trouvée au fond d’une bouteille, la performance du grand poête Khalid al-Zayir… etc. jusqu’au vainqueur de cette année qui ramena la tête d’une reine Sahuagin. Quand cessa la litanie, chantée à l’unisson par des centaines de voix, s’éleva alors la voix amplifiée par magie du Sultan Yusef bin Ahamad al-Wadi :

“Sachez, mes enfants, que vous avez bien fait cette année, car Gana en ressort plus grande qu’avant. Jamais l’ennemi ne s’est tenu devant nos portes ou n’a menacé nos rivages — mais pour cela, Gana doit rester forte. Laissons le plus audacieux de mes fils ramener une merveilles que chacun admirera. J’honorerai grandement celui qui réussira à me ramener une telle merveille, lui conférant ainsi le titre de Grand Guerrier de la Perle. Ainsi, par cet acte tout le monde saura que Gana la Perle reste toujours grande et puissante !”

Et c’est sur ces paroles que débutèrent les Voyages Dorés de nos deux compagnons…

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